Archive for the ‘Revue de presse’ Category

Quand Trévidic montre la lune, Filip Reyntjens regarde le doigt

31 janvier 2012

“Mieux vaut avoir approximativement raison qu’avoir précisément tort.”
Warren Buffet

Les lecteurs de ce blog peuvent être rassurés. Filip Reyntjens est toujours vivant. Il vient enfin de s’exprimer sur le rapport d’expertise remis aux juges Poux et Trévidic. Sur lemonde.fr, il a fait paraître une tribune intitulée “Attentat de Kigali: ‘la vérité a gagné’?” Il était temps! Car de tous les experts autoproclamés qui n’ont cessé, depuis des années – dans son cas, depuis dix-sept ans –, d’accréditer dans les médias et au-delà la thèse d’une culpabilité du FPR dans l’attentat, Filip Reyntjens occupe une place privilégiée.

Commençons par une précision nécessaire: contrairement aux réactions impulsives de Politis ou du trio Bradol-Brauman-Vidal, la tribune de Filip Reyntjens se présente comme prudente, mesurée et argumentée. Le constitutionnaliste et politologue belge fait profil bas, ce qui est bien normal, car s’il en est un qui n’a cessé de présenter “la Ferme” de Masaka comme le lieu d’où avaient, à coup sûr, été tirés les missiles, c’est bien lui. Or, comme chacun sait, le principal apport informatif du rapport d’expertise porte justement sur le lieu d’où les missiles ont été tirés. Croisant différents types d’informations (enregistrement des conversations entre la tour de contrôle et l’appareil, témoignages oculaires et auditifs, inspection de la carcasse de l’avion, capacité d’accrocher un Falcon 50 avec un missile à guidage infrarouge en fonction des différents sites examinés…), les experts excluent Masaka et désignent deux sites possibles à l’extrémité du camp militaire de Kanombe. (more…)

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Rwanda: MSF se Crashe sur le rapport Trévidic

28 janvier 2012

“En psychologie, nous apprend Wikipedia, le déni est une notion théorisée par Sigmund Freud pour désigner la non-considération d’une partie de la réalité. […] L’acte de déni refuse de prendre en charge certaines perceptions: un fragment, éventuellement important, de la réalité, se voit totalement ignoré; la personne qui dénie se comporte comme si cette réalité n’existait simplement pas, alors qu’elle la perçoit.”

Depuis la communication aux parties par les juges Poux et Trévidic, le 10 janvier 2012, du rapport d’expertise sur l’attentat du 6 avril 1994 au Rwanda, certains cadres de Médecins sans frontières (MSF), aujourd’hui membres du Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (Crash, un nom prédestiné), offrent une illustration intéressante de cette occultation du réel. (more…)

“Politis”: le Costa Concordia de l’enquête Bruguière

27 janvier 2012

Le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Politis s’appelle Denis Sieffert. Mais les connaisseurs du dossier Bruguière-Trévidic le surnomment désormais “Schettino”, du nom du commandant du Costa Concordia, le paquebot de croisière qui s’est échoué le 13 janvier dernier dans des conditions rocambolesques. Son Giglio à lui, c’est l’attentat du 6 avril 1994. Flirtant avec les mensonges distillés par les génocidaires rwandais et certaines officines françaises, comme le commandant du paquebot italien avec les récifs de la petite île toscane, Sieffert-Schettino vient d’échouer définitivement son journal en publiant l’article de trop (ci-contre).

Un jour prochain, peut-être dresserons-nous le catalogue des errements de Politis dans le dossier rwandais. Dans l’immédiat, conformément au sacerdoce auquel ce blog s’astreint, nous procéderons au décryptage de l’article paru dans l’hebdomadaire le 26 janvier: “Vérité ‘irréfutable’, vraiment?” (en référence à la “une” de Libération le 11 janvier 2012). Un vrai petit bijou de désinformation! (more…)

Habyarimana, retour sur un attentat non élucidé

22 janvier 2012

Article paru dans Libération le 29/07/1994
Par Stephen SMITH

Le 6 avril, l’avion du président rwandais est abattu à Kigali. Depuis, ni l’ONU ni la France n’ont voulu ouvrir une enquête, qui pourrait, selon nos informations, mener au FPR, le seul qui disposait d’une logistique suffisante.


Plus de cent jours après l’attentat contre l’avion du président général Juvénal Habyarimana, le 6 avril, la responsabilité de l’acte qui a déclenché les massacres de plusieurs centaines de milliers de Rwandais demeure inconnue. Aucune enquête n’a été menée sur le terrain, ni par l’une ou l’autre des parties belligérantes, ni par les Nations unies. Malgré la mort des trois Français de l’équipage (pilote, copilote et mécanicien) de l’appareil, Paris n’a pas non plus chargé un juge d’instruction d’éclaircir les circonstances d’une action terroriste qui risque d’être un mauvais précédent sur le continent africain. (more…)

Rwanda, une difficile vérité

16 janvier 2012
Par Stephen SMITH et André GUICHAOUA
Tribune parue dans Libération le 13 janvier 2006
La polémique qu’a suscitée la publication de l’ouvrage de Pierre Péan(1) et la quasi-absence de débats autour du livre du lieutenant Ruzibiza(2) obligent à un constat d’échec: le rôle joué par la France au Rwanda continue d’éclipser la recherche de la vérité sur le génocide de 1994 ; à en juger par le mépris dans lequel sont tenus les faits, cette vérité n’intéresse pas. C’est notamment le cas pour ce qui est révélé par des Rwandais eux-mêmes, au péril de leur vie.

Rien de plus légitime que de s’interroger sur le rôle de la France dans le génocide au Rwanda. En 1998, une mission d’information parlementaire a tenté de faire la lumière sur l’implication française. Le dossier n’est pas clos. Actuellement, la justice militaire est saisie des plaintes de deux Rwandais qui affirment que l’armée française s’est compromise dans les tueries de 1994. En attendant l’issue de cette procédure, est-il nécessaire d’instruire des procès d’intention? A ce jour, aucune preuve n’a été apportée d’une «complicité de génocide» de la France, si l’on entend par là le consentement de l’Etat français à l’extermination des Tutsis ou, à plus forte raison, sa participation à leur éradication. Cependant, imprescriptible à l’instar du crime, la question reste ouverte. (more…)

Historique

16 janvier 2012

Par SYLVAIN BOURMEAU
11 janvier 2012

A l’horreur absolue du troisième génocide de l’histoire reconnu par les Nations Unies – celui commis au Rwanda entre le 6 avril et le 4 juillet 1994 par le régime hutu contre la population tutsie (et ses soutiens hutus) et qui fit plus de 800 000 morts – la justice française et quelques désinformateurs en tout genre ont longtemps ajouté la honte et même l’infamie. Tous ceux, dont certains se présentent encore comme journalistes, qui derrière le «juge» Bruguière se sont employés à colporter sans preuves la thèse de la responsabilité des rebelles du FPR de Paul Kagamé dans l’attentat commis contre le Falcon du président rwandais Juvénal Habyarimana, auront en effet ouvert la voie à l’expression de différentes versions négationnistes de l’histoire. Notamment celle d’un double génocide, abjection toujours démentie par l’ensemble des rapports d’institutions nationales ou internationales et d’organisations non gouvernementales. Le rapport rendu public hier par le magistrat Marc Trévidic vient enfin restaurer l’honneur d’une justice française qui refuse cette fois de plier face à la trop commode raison d’Etat brandie par des responsables politiques de gauche comme de droite – cohabitation Balladur-, Mitterrand oblige. Même partielles, les conclusions du rapport permettent désormais de considérer l’attentat du 6 avril 1994 comme le lancement d’un génocide minutieusement préparé, sous l’œil attentif de Paris. Cette vérité-là est désormais un fait historique.

© Libération, 2012.
Lire l’article sur le site de Libération

Les dix-huit ans d’intoxication d’une enquête à sens unique

16 janvier 2012

Récit
Le juge Bruguière n’a jamais envisagé d’autres pistes que celle des Tutsis du FPR. Au nom de la raison d’Etat ?

Par MARIA MALAGARDIS
11 janvier 2012

Il y a l’enquête sur l’attentat mais aussi l’histoire d’une manipulation. «C’est une nouvelle affaire Dreyfus. Un dossier dans lequel les plus hautes instances judiciaires et militaires françaises ont trop souvent négligé la recherche de la vérité, pour la défense d’une raison d’Etat, très subjective», considère aujourd’hui maître Bernard Maingain, l’avocat belge des officiels rwandais accusés en 2006 par le juge Bruguière. Des accusations désormais mises à mal par les résultats du rapport balistique, soulignant encore plus l’incroyable embrouille dans laquelle se sont fourvoyés bien des responsables et des intellectuels. Maître Maingain et maître Lef Forster, les deux avocats des responsables du FPR, envisageraient d’ailleurs de porter plainte pour «tentative d’escroquerie à jugement, en bande organisée». Petit catalogue des intox qui ont empoisonné cette étrange affaire depuis 1994. (more…)

Rwanda, la preuve d’un génocide planifié

15 janvier 2012

Contrairement au juge Bruguière qui accusait les Tutsis, le rapport balistique présenté hier attribue aux Hutus extrémistes l’attentat contre le président hutu Habyarimana en 1994, point de départ des massacres.

Par MARIA MALAGARDIS
11 janvier 2012

Les crânes de victimes du génocide dans un mémorial installé dans une église de Ntarama, près de Kigali, en 2010. (Finbarr O’Reilly / Reuters)

Il y a des experts, des journalistes et des responsables français qui, hier soir, ont dû se sentir mal à l’aise : en affirmant sans aucun doute possible que les tirs qui ont abattu l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 provenaient du camp de sa propre garde présidentielle, le camp de Kanombé, l’équipe des techniciens mandatés par le juge antiterroriste Marc Trévidic pour établir un rapport balistique sur cet attentat, ont indirectement désigné les extrémistes hutus comme responsables de l’événement déclencheur du génocide des Tutsis. Car si l’attentat n’a jamais été la cause d’une sanglante épuration ethnique annoncée et préparée dès 1991, la mort du chef de l’Etat hutu a bien donné le signal des massacres qui en trois mois feront plus de 800.000 morts. (more…)