Attentat du 6 avril 1994: Zéro pointé

“Et d'ici là, méfiez-vous des contrefaçons!”

C’est sans doute l’un des plus beaux chefs d’œuvre de la campagne de désinformation pratiquée dans les médias français autour de l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana. Nous sommes le 14 avril 2006. Six mois plus tôt, deux ouvrages ouvertement révisionnistes sont sortis en librairie: Rwanda, l’histoire secrète, d’Abdul Ruzibiza (Panama); et Noires fureurs, blancs menteurs (Mille et une nuits), de Pierre Péan. Pour tous ceux qui cherchent à jeter la suspicion ou l’opprobre sur Paul Kagame pour son rôle supposé dans l’attentat survenu en 1994, la période est faste.

Depuis 2004, différents médias rivalisent d’ardeur pour convaincre l’opinion que l’attentat a été élucidé par le juge Bruguière. Kagame est coupable: il a sacrifié les Tutsi de l’intérieur à sa soif de pouvoir, ne craignent pas d’affirmer une brochette d’experts ayant dépassé la date de péremption. Alors Karl Zéro, dans son “Vrai Journal”, savoure sa victoire. N’est-ce pas dans son magazine mensuel, six ans plus tôt, que Pierre Péan, Christophe Nick et Xavier Muntz avaient pour la première fois célébré l’enquête du juge Bruguière?

Selon une de leurs sources de l’époque – forcément anonyme – le président ougandais Museveni a […] co-organisé l’assassinat de son homologue rwandais. Et je pense que la Tanzanie a, elle aussi, trempé dans le complot.” “Et cela, ajoutait le trio de Pieds Nickelés, Bruguière le sait aussi, ce qui devrait l’obliger à lancer deux mandats d’arrêt contre les deux autres présidents concernés. Et encore toute une kyrielle de ministres et de chefs militaires, au risque de provoquer avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas (principaux soutiens du Rwanda, de l’Ouganda et de la Tanzanie), une crise diplomatique majeure.

Forts de ces certitudes, Péan et ses deux compagnons pouvaient conclure sereinement leur article par cette nouvelle réconfortante: “Mitterrand n’y était donc pour rien”. Du travail de pro!

En 2006, donc, le journaliste Jérôme Fritel se dit qu’avec ce brave Abdul Ruzibiza, qui vient de réitérer un mois plus tôt son (faux) témoignage devant le TPIR, il tient un scoop à moindre frais. Un voyage en Norvège, une interview de Stephen Smith, une autre de Claudine Vidal… et le “Rwandagate” est en boîte!

Lancement de Karl Zéro:

“Attention, voilà du lourd! On regarde…”

Voix off:

“Claudine Vidal est une spécialiste du Rwanda. C’est elle qui l’a encouragé [Ruzibiza] à écrire son livre au nom du devoir de mémoire et du droit à la vérité.”

Claudine Vidal:

Ruzibiza, c’est un témoin. C’est quelqu’un qui tente, devant une histoire officielle, de constituer une autre histoire. Une histoire plus complète, qui montre aussi l’autre côté. C’est vrai, il y a eu un génocide, c’est vrai que c’était ignoble, c’est vrai qu’il faut aider les rescapés… Mais il n’est pas vrai que Kagame soit le héros que l’on dit.”

Voix off:

Kagame, l’ancien chef rebelle, devenu l’homme fort du Rwanda, a-t-il usurpé son image de sauveur des Tutsi et de porte-parole des victimes? La question dérange, pourtant douze ans après le génocide, son rôle dans l’enchaînement des violences apparaît de plus en plus machiavélique.”

Stephen Smith:

“Quelqu’un qui a donné l’ordre d’abattre l’avion à ce moment-là savait que les Tutsi de l’intérieur allaient souffrir des représailles. Paul Kagame a pris ce risque sciemment; il savait ce qu’il faisait. On pense que les rebelles qui ont pris le pouvoir ne peuvent pas être aussi diaboliques que d’avoir accepté le risque de faire éliminer une partie de la population rwandaise. On a vu le mal – presque le mal absolu: le génocide –, et on s’imagine en face [qu’]il devrait y avoir quelque chose de bien. Malheureusement ce n’est pas le cas.”

Voix off:

“La communauté internationale a-t-elle préféré fermer les yeux sur les crimes de Kagame pour faire oublier sa passivité pendant les massacres? L’histoire du génocide rwandais a-t-elle été en partie tronquée au nom du cynisme politique? Autant de questions toujours sans réponse.”

Conclusion de Jérôme Fritel, en plateau:

“Il y a une enquête aujourd’hui, qui est menée par le juge Bruguière, à Paris […]. Après plusieurs années, il a recueilli énormément de témoignages et de preuves, et tout remonte, tout converge vers Kagame et vers son entourage. Et d’après nos informations, y a au moins une douzaine de mandats d’arrêt internationaux qui concernent tout l’entourage proche de Kagame… Quand est-ce que le juge Bruguière va lancer ces mandats d’arrêt internationaux? Parce que c’est une bombe politique ce dossier, hein: à partir du moment où les mandats d’arrêt sortent, c’est un peu la reprise de la guerre entre la France et Kagame…”

Mot de la fin de Karl Zéro:

“Allez, Jean-Louis: un bon geste!”

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