Twagiramungu et l’attentat: “Je ne sais rien mais je dirai tout!”

Le contorsionnisme de Faustin Twagiramungu depuis 1994 est révélateur des manipulations qui entourent l’attentat du 6 avril 1994. Un véritable tête-à-queue idéologique, au gré des errements de ce politicien qui a effectué en dix-huit ans une révolution complète, jusqu’à aller exonérer les génocidaires de leurs responsabilités devant le TPIR.

Ou comment dévoyer la vérité historique au profit d’intérêts politiques.

1994

Faustin Twagiramungu (Hutu, membre du parti MDR) a été désigné par les accords d’Arusha pour être le premier ministre du futur Gouvernement de transition à base élargi (GTBE). Au moment où le génocide éclate, Twagiramungu fait partie des politiciens les plus recherchés par les tueurs du Hutu Power. Il parvient miraculeusement à leur échapper et à se réfugier au Kenya.

Dans L’Humanité, le 27 avril 1994, Faustin Twagiramungu attribue l’attentat aux extrémistes hutu.

Faustin Twagiramungu […] a accusé lundi des militaires rwandais d’avoir tué le président Juvénal Habyarimana pour faire un coup d’État et provoquer la guerre, écrit le quotidien. […] “Des militaires ont voulu faire un coup d’État, mais ils se sont rendu compte que ce putsch ne serait pas accepté et ils ont donc mis en place un gouvernement à leur obédience”, a affirmé à des journalistes M. Twagiramungu, qui a fui le Rwanda et réside au Kenya dans un endroit tenu secret. Il accuse notamment un directeur de cabinet du ministre de la Défense [il s’agit du colonel Théoneste Bagosora] d’être “l’homme fort” de cette manœuvre.

1995

Après été avoir nommé premier ministre au lendemain du génocide, Faustin Twagiramungu démissionne au bout d’un an, en août 1995. Il s’exile en Belgique et devient opposant au régime de Kigali.

Mai 1998

Faustin Twagiramungu est entendu par la Mission parlementaire d’information sur le Rwanda, en France. À propos de l’attentat, il prétend ne pas savoir qui en est à l’origine, tout en insinuant que le régime de Kigali a peut-être des choses à cacher et que l’armée américaine a peut-être joué un rôle trouble dans cette histoire:

“Concernant l’assassinat du Président Habyarimana, qui a servi de détonateur au génocide, M. Faustin Twagiramungu a rappelé les deux hypothèses avancées par l’opinion nationale et internationale selon laquelle l’attentat est, soit l’oeuvre de militaires extrémistes des FAR farouchement opposés à la mise en place du gouvernement de transition à base élargie, issu des accords de paix d’Arusha, soit l’oeuvre du FPR, avec la complicité possible du Président ougandais ou encore d’une main occidentale.

Il s’est étonné que, quatre ans après, rien ne permette d’infirmer ou de confirmer l’une ou l’autre de ces hypothèses, et cela parce qu’aucune enquête officielle n’a été menée ni par le Gouvernement rwandais, ni par la communauté internationale, alors que le Président d’un pays étranger a également péri dans cet attentat du 6 avril 1994. Remarquant que la France aussi aurait dû s’efforcer de faire procéder à cette enquête, ne fût-ce que pour éclaircir les circonstances de la mort de ses ressortissants qui composaient l’équipage de l’avion présidentiel, il a cependant estimé que ses relations avec le régime actuel ne s’y prêtaient pas.

Il a jugé nécessaire que des questions essentielles soient éclaircies pour sortir de la confusion actuelle, et que l’on sache notamment pourquoi le régime de Kigali s’oppose à toute enquête sur cet attentat alors que c’est l’élément qui a déclenché le génocide et les massacres d’avril à juillet 1994. Il a fait valoir que, s’il s’avérait qu’il est étranger à cette affaire, les soupçons qui pèsent sur lui seraient dissipés.

Il a déclaré que lui-même, lorsqu’ il était encore Premier Ministre, avait soulevé en Conseil des Ministres la question d’une enquête nationale ou internationale sur l’attentat mais que le Président et le Ministre de la Défense lui avaient répondu que ce n’était pas une priorité pour le pays, et que pour les autres Rwandais assassinés, aucune enquête n’avait été menée.

Il a également fait remarquer qu’au début de l’année 1995, lorsque le Gouvernement du Burundi a officiellement demandé au Gouvernement rwandais de mener une enquête pour élucider les circonstances de la mort du Président Cyprien Ntaryamira, la vice-présidence et la présidence de la République rwandaise ont réagi d’une façon pour le moins suspecte : le Ministre de la Justice d’alors, M. Nkubito, à qui le dossier avait été confié, a adressé une lettre au représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, sollicitant son concours, mais le Directeur de cabinet du Président, accompagné de hauts cadres de la vice-présidence, a été dépêché très rapidement auprès du Ministre de la Justice avec l’ordre de rattraper l’original de la lettre avant qu’elle ne parvienne aux bureaux du représentant spécial et de le détruire ainsi que les copies éventuellement distribuées, ce qui revenait à retirer ainsi la demande d’enquête. M. Faustin Twagiramungu a précisé qu’il existait des témoins de ce qu’il avançait, et que ceux-ci étaient même dans l’assistance. […]

Il s’est interrogé également sur la présence, à la veille du 6 avril 1994, d’un détachement de Marines américains à Bujumbura, avec, selon les termes du Colonel belge Marchal devant la Commission parlementaire d’enquête du Sénat belge, des hélicoptères de combat, et surtout sur les raisons de l’empressement de ce détachement à proposer ses services à la MINUAR, avant même l’assassinat des Présidents rwandais et burundais. Il s’est demandé si cette présence n’aurait pas eu un lien direct avec la présence à Kigali, l’après-midi du 6 avril 1994, de l’attaché militaire américain auprès du Rwanda et du Burundi, résidant au Cameroun, qui a organisé l’évacuation des ressortissants et du personnel de l’ambassade américaine au Rwanda, le 8 avril 1994.”

Octobre 1998

L’ancien premier ministre rwandais est entendu dans le cadre de l’enquête du juge Bruguière:Sans posséder d’informations précises et de témoignages, je suis cependant en mesure de dire que cet attentat ne peut être que l’œuvre du FPR…”, déclare-t-il durant son audition.

2006

Interviewé par RFI le 18 avril 2006, Faustin Twagiramungu se montre catégorique (voir la vidéo ci-dessous):

“C’est le FPR qui a attenté à cet avion, y a pas à hésiter là-dessus. Y a pas de doute parce que les services de renseignement du FPR – ce qu’on appelle le “Network” –, notamment ce qu’a révélé le lieutenant Ruzibiza, ne peut absolument pas être mis en doute. C’est la preuve la plus essentielle qui puisse être apportée aujourd’hui.

C’est un témoignage précieux parce que ce jeune officier, il connaît très bien Kagame, il a travaillé avec Kagame, il a contacté plusieurs personnes qui ont planifié l’assassinat du président Habyarimana, et jusqu’à aujourd’hui Kagame n’a pas été en mesure de le contredire.

Le FPR cherchait par tous les moyens comment inciter la population à commettre le plus de massacres, et pouvoir accuser le MRND de toutes ces exactions et tous ces massacres. C’est le déclencheur qu’ils cherchaient, cet attentat contre Habyarimana.”

2010

Interviewé en avril 2010 par Eugène Rwamucyo, lui-même accusé d’être impliqué dans le génocide de 1994, Faustin Twagiramungu s’aligne sur l’argumentaire des génocidaires (les mêmes qui ont cherché à l’assassiner en avril 1994), selon lequel l’auteur de l’attentat serait le responsable du génocide:

“Écoutez, ceux qui ont planifié le génocide sont ceux qui ont assassiné le président Habyarimana puisque le TPIR (Le Tribunal pénal international pour le Rwanda) lui-même a démontré dernièrement que les Hutu n’ont pas fait cette planification. Celui qui a assassiné le président Habyarimana, et comme son assassinat a effectivement déclenché le génocide rwandais, ce sont eux qui sont responsable de tout le chaos, de tout le drame, de toute la tragédie, de tout le génocide au Rwanda.”


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